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Première Conférence Internationale de la Harpe en Ukraine, Kiev 2009

Jakez and Helen in Kiev

Jakez et Helen devant la Grande Porte de Kiev

Jakez et moi nous sommes rendus en Ukraine pour la première fois ! Il s’agissait également d’un jour inaugural pour le monde ukrainien de la harpe puisque nous assistions à la première Conférence Internationale de la Harpe en Ukraine et à la création officielle de la Société Ukrainienne de la Harpe. La conférence est née grâce à Natalia Kmeth, professeur à l’Académie Nationale de Musique Tchaikovsky à Kiev, et à Alexandra Gumen, professeur à l’Ecole de Musique de Kiev où se tenait le congrès. La première partie de la journée était dédiée à diverses conférences fascinantes dont nous avons pu pleinement bénéficier grâce à nos excellents traducteurs.

Le congrès était dédié à l’une des plus célèbres harpistes ukrainiennes, Victoria Poltareva, qui aurait eu quatre-vingt-dix ans cette année-là. Le fils de Poltareva, Petr Poltarev, maintenant directeur de l’Académie de Jazz de Kiev et président de l’association culturelle Artliga, a rendu un hommage émouvant à la contribution infatigable de Poltareva au développement de la harpe dans son pays natal.

Ayant survécu à la terrible famine Holodomor des années 1930, Poltareva part pour Saint-Pétersbourg afin d’étudier auprès de Xenia Erdely (qui a également été la professeur de Vera Dulova). Parallèlement à ses études de harpe, Poltareva apprend également le piano et l’accordéon, ainsi qu’un peu de jazz (tous les styles de jazz n’étant pas autorisés à l’époque). En 1944, elle débute dans son premier poste d’enseignement à Lviv, où, ne possédant pas sa propre harpe, elle doit se rendre à l’académie de musique pour travailler son instrument, se faufilant entre les bombes. En plus d’enseigner la harpe classique, elle rejoint (entre autres) le groupe de jazz des professeurs de l’Académie de Lviv ; elle donne de nombreuses prestations publiques pour arrondir ses fins de mois, six mois de son salaire d’enseignante étant à peine suffisants pour s’acheter un kilo de beurre.

Lviv est à cette époque un grand centre culturel de l’ouest de l’Ukraine, avec des musiciens très cultivés et aux centres d’intérêt artistiques très vastes. C’est un environnement fertile pour la harpe, et Poltareva parvient à gagner le soutien et l’intérêt de ses collègues. Elle a même accueilli le Concours de Musique Soviétique en 1978, lors duquel Dulova était présidente du jury. Tout au long de sa carrière, Poltareva a travaillé dur pour éclairer les compositeurs sur son instrument et le premier concerto pour harpe ukrainien, composé par Kos-Anatolski, a été écrit pour elle. Elle était non seulement une harpiste énergique et pédagogue, mais aussi une personne généreuse, désireuse d’envoyer ses élèves à Saint-Pétersbourg ou à Moscou pour qu’ils développent leur potentiel et toujours prête à écouter, conseiller et encourager les jeunes harpistes.

Lors du congrès, c’est l’actuelle professeur de l’Académie de Lviv, Olga Olejnik, qui a animé la deuxième conférence au sujet des premières harpes ukrainiennes. La première harpe à avoir été découverte lors de fouilles en Ukraine date de 700 ans avant JC. Elle est exposée à l’Hermitage à Saint-Pétersbourg. Cette harpe était construite comme un arc fermé et pouvait avoir environ cinq cordes (soit une tension de 20 kg, alors que les harpes actuelles peuvent soutenir une tension d’environ 1500 kg). Des harpes à table plate existaient également, ancêtres de la bandura, l’instrument national ukrainien. Ces instruments existent toujours dans certains pays asiatiques ainsi que dans certaines parties de la Russie et de la Sibérie.

L’histoire de la harpe ukrainienne et la culture plus généralement ont continué à être abordées lors de conférences sur les traditions artistiques russes en Ukraine (par Katerina Muslienko) et sur les compositeurs ukrainiens contemporains (par Valerie Otikhonova). La scène harpistique est depuis longtemps très dynamique : rien qu’à Kiev, neuf écoles de musique ont leur classe de harpe, ce qui correspond à environ quatre-vingts élèves. A l’initiative d’Alexandra Gumen, la création d’une Société de la Harpe en Ukraine a été votée pendant le congrès, afin de continuer à rendre la harpe populaire dans le pays et aussi de mieux promouvoir et rendre plus accessible les compositions et enregistrements ukrainiens, matière qui, bien que conséquente, reste encore méconnue.

Comme nous allions le constater lors du concert du soir, le niveau des jeunes harpistes est fort élevé, et ce n’était pas la première fois que j’étais impressionnée par le fait que tant d’enfants jouent dix fois mieux qu’en Europe de l’ouest, sur des instruments qui sont dix fois moins bons. Natalie Didkovska, Directrice de l’Ecole de Musique des Enfants de Kiev (pour les orphelins) nous a dit toute sa fierté de mettre en place des orchestres dans les écoles, malgré les problèmes qu’ils ont à trouver assez d’instruments. Et c’est d’ailleurs l’une de ses élèves qui a magnifiquement interprété la première Arabesque de Debussy ce soir-là.

Trouver des instruments demeure un des défis majeurs pour les harpistes ukrainiens. Dans sa conférence traitant de la préparation des étudiants à la vie professionnelle, Natalia Kmeth explique le prix à payer pour l’indépendance du pays : plus de subventions de la part de l’Institut Culturel Soviétique. Au cours des dix dernières années, aucun des élèves ayant intégré sa classe ne possédait son propre instrument.  Malgré l’immense travail des enseignants dans les écoles primaires, les enfants doivent parfois se partager une seule harpe entre toute la classe. Entre les différentes conférences, on nous a proposé de visiter l’école de musique et nous avons découvert une classe entièrement rénovée, avec clavier, que les enseignants utilisent pour mettre en place la nouvelle méthode pédagogique que l’école a créée pour la formation musicale. Pour financer cela, les professeurs et les parents ont économisé et récolté des dons sur leurs fonds personnels, et ce depuis la chute du communisme (c’est-à-dire, depuis quinze ans !). Quelle leçon d’humilité lorsque l’on constate le haut niveau artistique qui est atteint malgré le climat financier défavorable.

Church, KievLors de la soirée à l’Actors’ House, la salle était pleine à craquer. Plusieurs équipes de télévision étaient venues filmer l’événement et des représentants du Ministère de la Culture Ukrainien avaient fait le déplacement. En première partie, nous avons pu écouter les prestations des meilleurs jeunes talents ukrainiens, et après l’entracte, nous avons pu entendre des artistes internationaux ayant un lien avec l’Ukraine. Veronica Lemishenko (3e prix au Arpista Ludovico à Madrid) a majestueusement interprété la Fantaisie d’Eugene Onegin de Walter-Kühne ; nous avons également apprécié le duo écossais formé Alina Bzhezhinska et Margaret Preston (flûte et harpe), et Jakez est monté sur scène pour quelques pièces de jazz afin de bien terminer cette soirée. C’était fantastique de voir un événement harpistique attirer un intérêt culturel bien plus large, nous aimerions bien que cela arrive plus souvent un peu partout dans le monde.

Kiev group Un grand merci à Alexandra et son équipe qui nous ont accueillis si chaleureusement et qui ont partagé avec nous ce monde musical si vivant et passionné que nous ne connaissions pas encore. Une bien belle journée qui a joyeusement glissé vers la suivante, avec des assiettes de délicieux harengs et du célèbre miel de Kiev, accompagnées de vodka au piment… Bonne chance à la toute nouvelle Société Ukrainienne de la Harpe pour tous leurs futurs projets !

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