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Les 10 ans du Festival Camac, célébrés en bonne et due forme à Nancy !

Ca y est ! Nous sommes de retour de notre 10e Festival Camac à Nancy. Au cours de ces dix dernières années, notre festival est devenu un rendez-vous important, construit autour de deux idées importantes. Premièrement, nous avons à cœur de montrer le plus grand nombre de facettes de la harpe, pour toucher différents publics. Nous invitons des musiciens classiques et traditionnels, nous proposons divers genres de musique comme le jazz, la pop, jusqu’à de nouvelles propositions avant-gardistes, et nous apprécions toutes ces prestations, qu’elles soient assurées par les plus célèbres solistes du monde ou par de plus jeunes musiciens de la région.

Deuxièmement, le Festival Camac est axé sur le régional. Chaque année depuis dix ans, nous organisons notre festival dans une région francophone, en dehors de Paris. La culture n’est pas l’apanage des capitales : en effet, plus une société met en valeur sa richesse culturelle régionale, plus les diverses expressions artistiques sont fortes. Contrairement à ce qu’a pu écrire Théophile Gautier dans sa théorie de « l’art pour l’art », je pense que la puissance des arts réside dans la façon dont ils touchent les gens. Une grande oeuvre d’art peut être universellement et éternellement pertinente, mais vous aurez plus de difficultés à vous en rendre compte si cette oeuvre est présentée au Louvre ou bien jouée à la Salle Gaveau, et que vous avez dû faire sept heures de route pour venir.

De plus, il n’y a que peu (et même, en réalité, aucun) de concerts de harpe présentés dans les principaux programmes culturels. Les salles et les programmateurs sont toujours frileux et appréhendent de ne pas avoir de public ; mais notre festival montre bien, année après année, qu’il existe un public pour les concerts de harpe. Il nous semble également important que les élèves harpistes et leurs familles puissent avoir l’opportunité d’entendre leur instrument préféré en concert, et c’est aussi l’une des raisons pour lesquelles nous souhaitons organiser un festival itinérant.

Et c’est pourquoi nous avons fait sept heures de route depuis Mouzeil, notre fourgon rempli de toutes sortes de harpes, allant d’une Ulysse bleu-roi personnalisée avec des décorations dorées peintes à la main, jusqu’à une sélection d’instruments anciens. Nous ne nous sommes pas arrêtés uniquement à Nancy : les répétitions de notre concert d’ouverture consacré aux plus grands concertos avaient lieu à Metz avec l’orchestre symphonique Mettensis. Pas moins de quatre concertos pour harpe étaient au programme de ce concert : le Concerto de Haendel avec Valérie Milot, les Danses de Debussy avec Mai Fukui, le Concerto de Boieldieu avec Isabelle Moretti, et un final de toute beauté avec six harpes sur scène interprétant la Symphonie Celtique de Granville Bantock. Pour cette dernière, nos trois solistes ont été rejointes sur scène par trois jeunes professionnels qui ont étudié au Conservatoire de Nancy : Lucie Delhaye, Léo Doumène et Blandine Pigaglio.

Le Mettensis Symphonia est un orchestre amateur qui s’est porté à notre secours lorsqu’il s’est avéré que nous ne pourrions pas travailler avec l’orchestre du Conservatoire. Aucune des oeuvres interprétées  (en particulier celles de Bantock ou de Boieldieu) n’est évidente, même pour des ensembles professionnels. Nous sommes extrêmement touchés par l’implication de l’orchestre Mettensis et la façon dont ils se sont attaqués à cet important programme, et nous sommes ravis du résultat. Ils avaient même répété auparavant avec des élèves solistes. « Je n’avais encore jamais joué avec un orchestre qui m’accompagne si bien sur Boieldieu », dit Isabelle Moretti. « S’ils parviennent à interpréter cela, pourquoi ne pourraient-ils pas jouer tant d’autres pièces ? » Nous nous sommes sentis régénérés par l’enthousiasme et la concentration de l’orchestre, chaque soir, après avoir pourtant assuré une journée de travail dans d’autres domaines allant de la physique nucléaire à la fabrication artisanale de fromage. A la fin de la journée, nous devrions tous être des amateurs dans l’âme, être présents uniquement pour notre passion de la musique.

Après un vendredi soir exaltant dédié aux concertos, nous nous sommes rendus au magnifique Hôtel de Ville de Nancy, pour le rendez-vous incontournable de chaque Festival Camac : le concert « Harpélidoskope ». Ce concert propose toujours une partie consacrée à la musique classique, une autre à la musique traditionnelle et une troisième au jazz, à la pop ou aux musiques actuelles. Valeria Voshchennikova a ouvert la soirée avec un splendide récital lors duquel elle a interprété un répertoire français et russe. Elle nous a ébahis (et nous étions nombreux puisque la demande a été telle que nous avons dû installer une salle supplémentaire où le concert était retransmis sur écrans !) par son timbre magnifique, sa musicalité raffinée et son talent artistique tout naturel, déjà présents à un si jeune âge. Kim Robertson est ensuite montée sur scène et nous a présenté un panel de ses arrangements celtiques si créatifs, avant de laisser la place au Milevska Trio qui a secoué les dorures de la salle avec son jazz aiguisé et dense. Si vous ne connaissez pas encore Rossitza et ses collègues Cédric Le Donne et Frederick Lacroix, allez les découvrir sans tarder !

Samedi a également été l’occasion de mettre un coup de projecteur sur notre collection de harpes historiques. Jakez a accordé environ quatre cents cordes, puis Elinor Bennett a donné un récital fabuleux sur par moins de cinq instruments de notre collection. C’était la première fois que notre harpe simple mouvement Nadermann était jouée depuis le XIXe siècle, car elle était restée plus d’un siècle cachée dans la tour d’un vieux château du centre de la France. Ce fut aussi la deuxième fois qu’elle a été jouée, et nous sommes très reconnaissants qu’Elinor ait accepté de jouer deux fois de suite, le nombre de personnes souhaitant l’écouter étant si important. « Une grande artiste » a dit quelqu’un dans le public, « et tellement modeste » : à la fin du concert, Elinor s’est tournée et a applaudi les magnifiques instruments alignés près d’elle en disant qu’elle n’avait pas envie de s’arrêter de les jouer.

Elinor Bennett / Festival Camac 2015 from Les Harpes Camac on Vimeo.

Dimanche, Hélène Breschand a présenté son projet préparé avec les élèves de divers Conservatoires de la région. Alors que nous entrions dans l’auditorium, nous nous sommes retrouvés face à des harpes disposées de manière inattendue : appuyées en équilibre sur des tabourets, étendues par terre, préparées avec des tissus, des pinces et des maillets, le tout devant un écran géant où étaient projetés des extraits du film « Images du monde visionnaire » d’Henri Michaux. Il s’agissait de l’exploration d’une expérience psychédélique, abordant la notion de perception et de modifications de la perception. Pendant l’improvisation collective de quarante minutes, les jeunes élèves décidaient quand et quoi jouer. « Vous décidez de votre jeu », leur a dit Hélène. « Ce qui est important, c’est que quand vous décidez de jouer, vous y allez avec confiance et sans hésitation. »

Hélène a raison et quel que soit le style de musique, soit vous y allez, soit vous n’y allez pas. Il n’est pas question d’y aller du bout des lèvres, parce que la musique se joue avec le coeur. Une prestation inhibée n’est ni convaincante ni plaisante. Se retenir parce qu’on a peur de se tromper est contre-productif, et ne sert qu’à rendre votre prestation encore moins parfaite.

Nous tenons à remercier tout particulièrement le groupe de bénévoles qui nous a énormément aidés notamment en conduisant les artistes d’un lieu à l’autre. Les bénévoles sont le ciment de nombreux festivals, et on ne les remercie jamais assez. Non seulement ils rendent la logistique bien plus facile pour les artistes et les organisateurs, mais ils permettent aussi de donner de la chaleur à un festival. Il est bien plus agréable pour un artiste d’être conduit par quelqu’un qui est content de vous voir et qui est enthousiaste à l’idée d’assister à votre concert, que par un conducteur silencieux qui vous dépose devant un hôtel impersonnel. Après tout, un festival, c’est d’abord une histoire de rencontres, de revoir de vieux amis et de s’en faire de nouveaux, d’apprécier la musique tous ensemble.

philippe villa

Philippe Villa

Et bien sûr, nous voulons dire un immense merci à Philippe Villa, professeur de harpe au Conservatoire de Nancy. Le déroulement sans heurt d’un festival cache souvent la résolution de nombreux problèmes derrière le décor. Que ces problèmes soient infimes ou importants, ils sont cependant toujours urgents, et c’est toujours le téléphone de la même personne qui sonne. Nous organisons de nombreux événements, et s’il y a bien une chose que nous avons apprise au cours de ces dix dernières années, c’est que peu importe toute l’énergie et le travail que nous fournissons dans nos bureaux, il est impossible d’organiser un bel événement sans un excellent collaborateur sur place. Nous ne pouvions pas espérer meilleure cheville ouvrière que Philippe, et l’ambiance chaleureuse du festival est due en très grande partie à lui.

 

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